Scénario pour la Méthode du Docteur Chestel : Le musicien qui déprimait en jouant de la musique

Il y’à quelques mois, j’ai eu l’occasion de participer à un podcast ou Daniel Danjean, l’auteur de la Méthode du Docteur Chestel, avait été invité. Et parmi tout ce qu’il à expliqué sur son jeu et que j’ai retenu, il y’avait cette phrase -ou quelque, chose d’approchant- : « On voit dans la vie de tous les jours des tas de choses qui peuvent inspirer des scénarios pour la Méthode du Docteur Chestel ». Hum…

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Aussi, pour une raison étrange, j’ai décidé que les deux prochaines vidéos -non, non, ce n’est pas de la triche^^- que je verrais me serviraient d’inspiration pour deux scénarios que j’écrirais pour le jeu. Et pour ce premier scénario, j’ai vu un animé humoristique appelé Detroit Metal City et clairement, je pouvais inventer un problème à résoudre pour des soigneurs a partir du postulat loufoque de ce manga : un musicien détestant le heavy metal et tous ses dérivés se retrouve pourtant à faire partie d’un groupe pratiquant ce style musical. Il à horreur de ce qu’il fait, mais ne peut s’empêcher de continuer à le faire, car il à découvert que c’est la seule chose pour laquelle il à du talent.

Il y’à donc là tout pour faire un bon petit scénar pour Chestel. N’importe qui pourrait le faire à partir de cette idée de base, mais je vous offre là une version complète, agrémentée de plusieurs petite choses, en outre un dilemme ou la déontologie se heurte à la réalité économique, le but étant de pousser vos joueurs à une réflexion sur l’éthique de la situation. Et de trouver leur réponse à la sempiternelle question : « Un futur grand bien justifie t’il un acte moralement discutable ? ». Et j’espère que cela vous plaira !

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Le musicien qui déprimait en jouant de la musique.

Un cas pour la Méthode du Docteur Chestel

Ecrit par Jean « Troll Traya » Faiderbe

Synopsis : Les soigneurs sont confrontés à l’étrange cas d’un chanteur et guitariste amateur, fervent supporter de la musique de Francis Cabrel. Malheureusement, à chaque fois qu’il joue ses morceaux originaux, il sombre dans la dépression la plus complète, ce qui menace de détruire sa vie, aussi bien du point de vue professionnel que personnel…

Résumé : les soigneurs sont convoqués par un Docteur Chestel bien ennuyé : le dossier qu’il leur a remis plus tôt -celui du patient du jour, Marcel Pignon- correspond à celui d’un homme de toute évidence en grande souffrance, mais qui n’a pas sollicité de lui-même à être guéri par la méthode. C’est la fiancée de Marcel qui l’a amené ici sous un faux prétexte, et qui tient à que la méthode soit testé sur lui. Voilà qui n’est guère déontologique… Pourtant, le grand médecin vous demande de travailler malgré tout sur ce cas, même s’il prévient les soigneurs que dans un cas comme celui-ci, le dossier n’est pas à prendre aux pieds de la lettre.

Une fois dans l’intracos du patient, les soigneurs retrouvent Marcel Poignon au beau milieu d’un parc en centre-ville, jouant un de ses morceaux en plein air… Et la prestation vire au vrai désastre : les passants l’ignorent ou l’insultent, et le musicien perd alors tous ses moyens, surtout quand des fans de musique métal –plus précisément du groupe de Death métal mélodique appelé DMC « Démonte Moi l’Cul »- commencent à l’invectiver, à lui dire que sa musique leur blesse les oreilles, qu’il n’est qu’un guitariste minable très loin du talent de celui de leur groupe fétiche, Lord Raper III.

La journée du patient continue, ce dernier allant de vexations en vexations, la seule personne le soutenant étant sa fiancée. Les soigneurs curieux remarqueront que ce dernier ment d’ailleurs à celle-ci en prétendant avoir passé la journée à son travail de conseiller en assurance pour le groupe MOUF.

Et c’est une fois la nuit tombée que les soigneurs peuvent découvrir une autre facette de Marcel Poignon : discrètement, il s’éclipse de son appartement pour entrer par la porte des artistes d’une salle de concert : il se grime alors en Lord Raper III, et devient le leader du groupe de Death Métal DMC ! Le patient mène donc une double vie, une ou il ne connait que l’échec en faisant ce qu’il aime, et une autre ou le succès lui tends les bras alors qu’il méprise le métal et surtout DMC, un groupe des plus machiste.

Les soigneurs pourront alors enquêter encore plus s’ils le désirent, et découvrir que la situation est encore plus compliquée qu’il n’y parait. Ils devront alors faire un choix : quel effet privilégier pour la guérison du patient ? Ce qui permettra à ce dernier de s’accepter tel qu’il est… ou ce qui satisfera la véritable cliente de l’institut, la fiancée de Marcel ? Choix difficile en perspective…

Sommaire :

   1) Dossier du patient

   2) La vérité sur le cas

   3)Briefing avec le docteur Chestel

   4) Une fois dans l’intracos du patient

       A) Arrivée dans l’intracos

       B) Les activités diurnes de Marcel

       C) Les activités nocturnes de Lord Raper III

   5) Méthodes de guérison et dilemme

   6)Conclusions possibles

1)   Dossier du patient

Identité : Marcel Poignon

Homme de 28 ans.

Problème : Le patient n’arrive plus à jouer ses morceaux sans sombrer dans la plus grand déprime après quelques notes.  Son visage se ferme, il arrête de jouer et ne prend plus aucune initiative la journée, se contentant de suivre les suggestions qu’on lui fait de façon fort peu dynamique.

Date d’apparition des événements : Il y a trois mois.

Profession, hobbies, anciens emplois : Conseiller personnel dans une agence d’assurance du groupe MOUF, mais ce n’est qu’un emploi alimentaire. Il vit pour sa musique, et espère bien percer un jour. Se rends souvent à des conférences de la société à Toulon, qu’il anime. Ce sont les seules fois où il quitte Paris.

Adresse : 54 rue des capucines, appartement 22, 1er, Paris.

Description du lieu d’Habitation : Un immeuble de 8 étages avec badge à valider à l’entrée.

Moyens de transport : Le patient ne possède pas de voiture, il emprunte le métro, ou le train s’il doit se rendre à un séminaire d’entreprise organisé en province.

Situation familiale et sociale :

Le père, la mère, le conjoint, les enfants.

Position sociale estimée, souhaitée. Relations.

-Ses deux parents vivent en province, en Bourgogne. Ils occupent une charmante maisonnette isolée.

-Le patient vit avec sa fiancée Anna De La Bath, 28 ans. Ils se sont rencontrés à l’université avant de se perdre de vue. Leur relation a démarré quand ils se sont revus des années après.

-Pas d’enfant.

Les ami(e)s :

-Quelques amis musiciens que le patient s’est fait durant ses dernières années de fac.

Partie rédigée par le patient :

Opinion :

-Politiques : Le problème ne vient pas uniquement d’eux mais de la population entière : personne ne souhaite un vrai changement à partir du moment où il faudra faire des sacrifices.

-Sociales : On dit que la musique est sensée adoucir les mœurs… Si la musique adaptée était diffusée sur les ondes, à la télévision et sur youtube, ça calmerait beaucoup de tensions…

-Religieuses : Je respecte ceux qui pratiquent, mais ce n’est pas ma tasse de thé.

-Loisirs : J’aime jouer de la guitare et chanter.

Que pensez-vous de :

-De l’armée et service national : Question très actuelle vu qu’on parle de le rétablir. A l’époque, j’ai été soulagé qu’il ait été aboli, mais au final je me demande s’il ne m’aurait pas apporté quelque chose…

-De la police : Une autorité à respecter et à encourager.

-De la Justice : Un idéal qui n’est pas encore pleinement atteint.

-Des journalistes : Leur travail d’aujourd’hui est inconsistant et bâclé. Mais est-ce vraiment de leur faute ? Ne cautionnons-nous pas à notre niveau les dérives  de ces « paparazzis de l’info » ?

-Des fichiers informatiques : Tout est archivé et visible par tous aujourd’hui. La moindre bêtise de jeunesse pourra désormais être utilisé contre vous des années plus tard, voir des décennies ! Le droit à l’oubli est désormais mort.

-De la criminalité : Il y’à celle qui nait de l’esprit d’hommes et de femmes qui se moquent de ce qui peut arriver aux autres pour obtenir ce qu’ils veulent, et celle qui nait de la misère. On se moque bien souvent de savoir de laquelle on parle.

-De la violence : le moyen d’expression des idiots.

-Des systèmes de sécurité : je fais plus confiance aux hommes qu’aux machines, et je préfère mille fois travailler avec un vigile qu’avec des caméras de sécurité.

-De la science et des scientifiques : Je n’arrive pas à imaginer comment faisaient nos ancêtres, tellement la technologie est omniprésente dans notre monde. Pouvoir écouter la musique que nous souhaitons chaque jour serait pour eux un vrai miracle, alors que pour nous c’est un bien acquis.

-Du Surnaturel : Si ces phénomènes existaient, des vidéos auraient rapidement envahi la toile, non ?

-De l’horoscope : Pour l’analyse des caractères, on trouve souvent des correspondances exactes. Pour la bonne aventure par contre, Nostradamus serait plus fiable.

A quelle époque situez-vous l’âge d’or ?

Je ne crois pas qu’il y’en ait eu un. Chaque époque a eu ses qualités et ses défauts. Après, c’est à chacun de voir ou les défauts paraissent moindre et où les qualités sont au contraire éclatantes.

(Note du Docteur Chestel : après discussion avec le patient, celui-ci à admit préférer une période parmi lesquelles il à vécu : selon lui, le début des années 2000 est une période dans laquelle tout était encore possible, ou l’on pouvait encore choisir le « bon » chemin, alors que plus tard on se serait engagé sur l’un des mauvais.)

L’aventure des soigneurs :

   2) La vérité sur le cas

Marcel Poignon, gentil et timide jeune homme admirateur de Francis Cabrel, a rencontré Anna De la Bath, lors de leur première année de fac. Les deux jeunes gens se sont tout de suite bien entendu et ont développé une attraction mutuelle qui est restée lettre morte à cause de la peur qu’éprouvait Marcel que ses sentiments ne soient pas partagés. Les deux amis ont fini par se perdre de vue, même si le souvenir d’Anna l’encourageant à créer ses propres compositions a poussé Marcel à écrire de nombreuses chansons, très proche du style de son idole Francis Cabrel.

Mais ses prestations et ses rencontres avec les maisons de disques furent des échecs retentissant. Apparemment, sa variété française teintée de pop était d’un ennui abyssal. Abattu, il commença à traîner dans les bars, où il finit par faire la rencontre des musiciens avec qui il fondrait un groupe de Death metal quelques mois plus tard. De soirée arrosée en soirée arrosée, il finit par reprendre la guitare pour répondre à un défi qui lui a été lancé, et pour tous ceux qui l’ont écouté ce soir-là, ça a été la révélation : Marcel avait clairement un talent fou comme guitariste, et s’il n’avait pas eu de succès auparavant, c’est parce qu’il pratiquait le mauvais style musical.

Ses nouveaux amis mirent du temps à le convaincre, vu qu’il détestait le style de musique métal, mais ils finirent par créer un groupe, Démonte Moi l’Cul, ou DMC. Et Marcel, sous son identité d’emprunt, Lord Raper III, se révéla un frontman extrêmement talentueux.

Le guitariste détestait la musique qu’il faisait, mais comme il excellait à la composer et la jouer, le succès fut rapide et important. A tel point que bien qu’il n’éprouvait que de l’aversion pour le Death métal, Marcel a pris confiance en lui et à commencer à apprécier –sans oser se l’avouer- sa nouvelle vie.

A tel point qu’il n’a pas hésité à courtiser Anna lorsque les deux tourtereaux se sont recroisé par hasard, et qu’il s’est aussi remis à composer et jouer de la variété française, le style musical pour lequel il voudrait être reconnu comme talentueux. Mais voilà, même si le couple à fini par se fiancer, la situation s’est compliquée pour Marcel sans qu’Anna s’en aperçoive…

Déjà car Marcel n’a jamais pu avouer à sa fiancée qu’il faisait partie de DMC : le musicien continue à en éprouver de la honte, et surtout il a déjà entendu Anna exprimer son dégout pour le groupe et l’image qu’il véhicule. Ensuite, car malgré tous ses efforts, sa carrière de chanteur de variété française est toujours au point mort, alors que DMC file de succès en succès. A tel point qu’aujourd’hui, Marcel se sent bien plus Lord Raper III que Marcel Poignon.

Et c’est ce qui cause l’état dans lequel le patient se trouve actuellement : il s’est mis à aimer ses deux vies et sait intuitivement qu’il va devoir finir par en choisir une et délaisser l’autre, mais le choix est tellement déchirant qu’il le refoule : il ne peut choisir entre une réussite professionnel qui l’épanoui, et une femme qui l’aime pour ce qu’il n’est peut-être plus. Ce sera aux soigneurs de l’aider à trancher.

   3)Briefing du Docteur Chestel

Comme à chaque nouvelle séance de soin, les soigneurs sont reçus par le docteur Chestel dans son bureau, ce dernier voulant habituellement s’assurer que ses employés n’ont pas de réticence à traiter le cas qu’ils se sont vu attribué.

Mais, alors qu’ils s’installent pour écouter le petit speech habituel du médecin, les soigneurs qui ont déjà travaillé avec le Docteur Chestel remarquent que quelque chose n’est pas habituel chez lui : il a l’air extrêmement tendu et ses traits sont tirés, comme s’il manquait de sommeil. Si les soigneurs l’interrogent sur cette fatigue et cette nervosité, le médecin leur répond sans détour –comme nous le verrons après- sur ce qui le perturbe, et si les PJs ne font rien, Chestel leur demande s’ils ont bien pris connaissance du dossier et, devant leur réponse affirmative,  leur déclare brutalement que dans ce cas précis, ils ne doivent pas s‘y fier.

En effet, quelque chose ronge notre directeur de clinique, ce qu’il vient de découvrir le matin même : Marcel Poignon, le patient, n’est pas au courant de l’intervention qui va être pratiquée sur lui. C’est une situation qui parait inconcevable, mais qui s’explique facilement : C’est la fiancée du patient qui a réussi à le faire venir dans la clinique par ruse, et qui a fait la demande de l’intervention. Le docteur Chestel à découvert le pot-aux-roses au cours d’une conversation surréaliste avec le patient, qui pensait que le rendez-vous d’aujourd’hui concernait une consultation pour trouble du sommeil –c’est ainsi qu’Anna lui a vendu le rendez-vous à la clinique : qu’il allait tester plusieurs petites doses de somnifère pour savoir lequel serait le mieux accepté par son organisme-.

Estomaqué, Chestel a failli expliquer à Marcel la véritable raison d’être de l’institut, avant d’être interrompu par Anna, qui a demandé à le voir en privé. La fiancée de Marcel a révélé au médecin la supercherie. Ce dernier a failli renvoyer le couple chez lui, mais Chestel déclare aux soigneurs qu’au dernier moment, il s’est laissé émouvoir, surtout à après avoir constaté que Marcel était en vraiment en souffrance et refusait tout traitement.

Chestel semble tout à fait sincère lorsqu’il évoque cette raison comme justificative de sa décision de finalement maintenir l’intervention –ce qui est éthiquement très discutable !-, mais pour les PJs sceptiques, n’hésitez pas à leur accorder un jet –même s’ils ne sont pas encore dans l’intracos- de perception –prenez les valeurs du masque du joueur- difficulté 8. Une réussite permettra au joueur de comprendre qu’il y a sans doute une autre raison qui a poussé Chestel à cette extrémité.

Poser la question ou juste le faire remarquer subtilement poussera le directeur de l’institut à parler franc-jeu : la clinique va mal, très mal –mauvaise publicité, trop de patients sortis des interventions avec des séquelles, etc…- et rendre ce service à Mlle De la Bath –la fille d’un brillant politicien de premier plan- permettrait d’espérer le soutien public de son père. Cela permettrait de redorer la réputation de l’institut et restaurer la confiance des patients potentiels qui reviendraient se faire soigner. Chestel avouera qu’étant donné les finances actuelles de l’institut, ce coup de pouce serait salutaire… Il espère que les soigneurs accepteront tout de même de faire ce travail, bien qu’il comprendrait si les PJs décidaient de renoncer à la séance par pure déontologie.

Mais si les PJs décident véritablement de ne pas traiter le patient, ce n’est pas obligatoirement la fin du scénario : les soigneurs peuvent être convoqués quelques mois plus tard alors que l’état du patient s’est aggravé : il est devenu catatonique, ne se nourrit plus… Bref, le seul moyen désormais d’interagir avec lui est « la » méthode, ce qui devrait achever de convaincre des PJs tatillons de participer au traitement.

Sitôt les soigneurs décidés à prendre en main ce cas, le docteur Chestel les mets en garde : le dossier du patient qui leur a été remis a été rempli par un homme qui n’a aucune idée de ce qui va se passer aujourd’hui, il est possible que certains paragraphes, voir le dossier entier, ne révèlent pas certaines choses qu’un patient désireux de guérir aurait indiqué… Qu’ils fassent attention dans l’intracos de Marcel.

Les soigneurs peuvent demander à rencontrer Anna De la Bath, et ils feront la connaissance de cette très belle et sympathique jeune femme qui est pour l’heure terriblement soucieuse : l’état de Marcel s’est aggravé ces derniers temps selon elle. Au départ, Marcel ne déprimait qu’après avoir joué ses morceaux pendant quelques minutes… Désormais il est tout le temps déprimé !

Anna est persuadé que c’est à cause du mauvais goût musical des gens : « A la radio, ils ne passent que des horreurs et plus les belles chansons d’antan. Il n’y’en a que pour le rap et les autres inepties du même genre. On se demande si on ne marche pas sur la tête : on refuse de diffuser les si beaux morceaux de Marcel, alors qu’on entend à longueur de journée cet horrible groupe de métal, par exemple ! ».

Les PJs savent à quoi elle fait référence : la sensation du moment, DMC, un groupe de métal extrême mélodique combinant la technicité du Death métal et l’esthétisme du Black Métal concernant le style vestimentaire des musiciens.

Si les PJs veulent savoir ce que signifie DMC, ils peuvent demander à Anna, qui commencera par rougir et déclarer que si elle l’apprit au cours d’une émission qu’elle a regardé par inadvertance à la télé, elle se refuse à le dire. Elle le fera toutefois si les PJs lui permettent de faire le lien entre les crises de dépressions de Marcel et les diffusions de DMC à la radio. « Maintenant, que vous le dites, oui, l’état de Marcel s’est toujours aggravé alors que leurs horribles chansons passait à la radio… Vous croyez que leur musique est nocive ? ».

En s’intéressant donc à Anna avant d’entrer dans l’intracos, les soigneurs pourront donc avoir quelques pistes… Quoiqu’il en soit, que cette entrevue ait lieu ou non, les PJs devront ensuite se rendre en salle d’intervention, se relier aux machineries les reliant au psychisme du patient, et ingérer leurs pilules de Gunatraja.

   4) Une fois dans l’intracos du patient

         A) Arrivée dans l’intracos

Les soigneurs s’incarnent dans l’intracos du patient à travers leurs masques qui sont assis sur un banc de bois dont le contact est très agréable, chauffé par le soleil. Celui-ci est haut dans le ciel, presque à son zénith. Le climat est sec et chaud, et chacun des soigneurs doit résister à l’envie de garder les yeux fermé ainsi que de rester lézarder au soleil.

En ouvrant les yeux, les PJs découvrent qu’ils sont dans une zone boisée, probablement un parc au cœur d’une grande ville. Le banc ou ils sont installés n’en est qu’un parmi de nombreux autres, le long d’un chemin de terre battue serpentant entre des arbres clairsemés. Au loin, on peut apercevoir un petit lac surplombé par un gros rocher artificiel taillé pour donner l’impression d’être une petite montagne. On entend les chants de nombreux oiseaux s’élever des arbres tout autours des soigneurs, et on peut même apercevoir furtivement un écureuil ou deux sauter de branches en branches. Un cadre des plus agréables en définitive.

Les soigneurs ne sont d’ailleurs pas les seuls à en profiter : de nombreuses personnes semblent se promener dans le parc, s’arrêtent pour discuter à côté d’une fontaine, pour pique-niquer sur un coin d’herbe bien frais, ou encore pour jouer au ballon avec leurs amis. La journée est parfaite clame-t-on de part et d’autres, trop pour ne pas en profiter.

Bientôt, alors que les soigneurs décident de se lever pour commencer leur enquête, ils peuvent voir arriver non loin d’eux une jeune femme aux cheveux châtains et des lunettes aux verres bien ronds, tenant contre son torse un étui à violon. Elle passe devant eux, puis s’arrête juste à côté du banc suivant. Alors qu’elle commence à s’installer et à ouvrir son étui, quelques personnes s’approchent d’elle, tout en restant à distance respectueuse. Moins d’une minute après, la violoniste commence à exécuter ce qu’un test de SOC Dif 8 identifie comme un extrait du concerto pour violon en ré majeur de Brahms. Le public est très réceptif et n’est pas avare ni applaudissement, ni en enthousiasme.

Ce petit spectacle est très loin d’être un cas isolé : il semblerait que de nombreux musiciens amateurs profitent de cette belle journée pour faire profiter aux promeneurs de prestations scéniques gratuite, et toutes sont accueillies avec bienfaisance, si ce n’est avec réel entrain. Quasiment tous les styles musicaux sont représentés, il y’a par exemple un quator de violoncellistes accompagné d’un batteur de rock très énervé qui attirent près d’une centaine de personnes près du lac.

Alors que les soigneurs doivent se sentir un peu perdu au sein de cette profusion de « spectacles de parc », l’un d’entre eux aperçoit le patient dans la foule, habillé d’un pantalon en tissu fin et d’une chemisette blanche. Il porte un étui à guitare et lance des regards émerveillés à tous les petits rassemblements s’étant formé spontanément autours des musiciens. Il finit par trouver une petite place ou s‘installer, et  se prépare lui aussi à jouer quelques morceaux.

Une petite foule de curieux se rassemble autour de lui, impatiente d’assister à un autre concert. Marcel se met donc à gratter les cordes de sa guitare et à entonner un premier titre au style proche de Francis Cabrel… Sauf qu’il est d’un ennui abyssal –c’est ce que ressentent aussi les soigneurs-. En moins d’une minute, le public curieux devient profondément ennuyé. Là où tous les autres musiciens jouant dans le parc récoltent applaudissements et encouragements, Marcel ne récolte qu’un profond silence, et un parterre qui s’étiole a vu d’œil. Quelques commentaires désobligeants s’élèvent, invitant le guitariste à ruiner l’ambiance d’un autre parc, ou à venir jouer les jours de pluie, là au moins il pourra jouer sans casser les oreilles aux honnêtes gens. Le climat devient alors encore plus chaud, et est désormais très humide.

Les soigneurs peuvent évidemment intervenir dès maintenant, mais à moins de réussir à un faire un 12 aux dés et d’utiliser le pouvoir de dodécabilité, il n’y a aucune chance pour l’heure de faire changer l’avis du public car Marcel est sincèrement persuadé que personne à part Anna ou ses parents ne trouvent ses morceaux bons. Toutefois, ils peuvent tenter de faire plaisir au patient en restant l’écouter et en l’applaudissant. Marcel n’est pas dupe, mais apprécie l’intention, ce qui fait qu’il sera plus facile de l’aborder par la suite.

         B) Les activités diurnes de Marcel

-Discuter avec Marcel

Après sa prestation avortée, il est possible d’aborder Marcel, mais gardez à l’esprit que les soigneurs sont des inconnus pour le patient, même si ceux-ci sont très sympathiques avec lui : il discutera avec eux sans doute superficiellement de l’incident qui vient de se produire et de généralités, mais rien de vraiment personnel. Cette interaction sera facilitée si les PJs faisaient partie du public qui s’est rassemblé autour de lui, et s’ils n’ont pas fait preuve du même dégout que les autres.

En discutant avec Marcel, les soigneurs peuvent apprendre qu’il se doutait que le public allait réagir ainsi, car ce n’est pas la première fois que ce genre d’incident survient, mais il persévère malgré tout. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, non ? D’ailleurs, il va se déplacer et tenter de jouer autre part, en ville, près du centre.

Cette réponse est assez importante, car elle permettra d’aiguiller les joueurs : oui, Marcel aimerait sans doute qu’on apprécie sa musique et il souffre un peu de ce rejet du public, mais ce n’est clairement pas son problème principal, contrairement à ce que croit Anna. Résultat, les soigneurs devraient comprendre qu’il leur faudra pousser plus en avant leurs investigations.

Le reste d’une conversation avec le patient ne pourra traiter que de sujets communs et superficiels, Marcel n’étant pas du genre à se confier avec des inconnus. Trop d’insistances le pousseront d’ailleurs à fuir les PJs. N’hésitez pas à faire se produire un esclandre si les PJs se mettent à interroger le patient comme des policiers le feraient avec un suspect : de une, ça leur apprendra à traiter avec prudence les patients avec qui ils discutent, et de deux s’aliéner Marcel ne met pas en péril la résolution de son problème. Certes, ça complique la tâche, par contre.

Enfin, si les soigneurs s’entendent bien avec Marcel, il ne verra aucun inconvénient à ce qu’ils le suivent pour le reste de la journée « Je ne vais pas me priver d’un peu de compagnie amicale, pour une fois que j’en ai ! ». Sinon, ils auront toujours la possibilité de le suivre discrètement –mais attention, si Marcel s’en rends compte, il pourrait héler la police et accuser les PJs de harcèlement, ou bien l’intracos pourrait devenir un peu plus hostiles aux soigneurs…-.

-Visite en ville

Les soigneurs sont ensuite livrés à eux-mêmes : ils peuvent accompagner Marcel –s’ils s’entendent bien avec lui-, le suivre discrètement, ou partir visiter l’intracos. Dans les trois cas, voilà comment ce qu’ils pourront découvrir :

*Le parc dans lequel ils sont arrivés dans l’intracos est plutôt grand, sans doute l’équivalent du Central Park de New York. Il traduit le plaisir que prend Marcel à passer du temps dans les parcs des villes qu’il visite.

*La ville ne semble pas être une réplique d’une ville existante, mais un mélange de plusieurs. On y retrouve des rues, des quartiers originaires et des monuments de plusieurs villes de France et de l’étranger. Les PJs pourront découvrir ainsi un arc de triomphe plus vrai que nature, une reproduction exacte de la grande place de Lille, la City de Londres, etc… Tout cela avec force de détails que seul quelqu’un qui les aurait visités pourrait retranscrire ainsi dans son intracos. Les soigneurs pourront commencer à se douter que ce qui est écrit sur son dossier est faux, et qu’il ne fait pas que voyager vers Toulon pour son « travail »…

*Beaucoup de musiciens jouent dans les rues, on se croirait en pleine fête de la musique. Si globalement tous les styles de musiques sont représentés, il y’à largement plus d’interprètes de variété française et de métal que de représentant des autres genres. Voilà qui indique bien l’importance de ces deux styles musicaux pour le patient.

*Pas mal de fans de DMC vadrouillent dans les rues. Il faut dire qu’un concert de leur groupe fétiche est prévu ce soir, comme l’indiquent de nombreuses affiches sur les murs qui semblent avoir été collée il y’à peu. L’adresse de la salle de concert y est notée, les PJs se douteront peut-être qu’il faudra y aller…

Si les soigneurs se joignent à ou suivent Marcel, en milieu d’après-midi, ils assistent à –et peuvent intervenir dans- la scène suivante :

Alors que Marcel s’est installé sur le trottoir non loin d’un magasin d’instruments de musique, et que son set a débuté depuis plusieurs minutes –et que plus personne ne l’écoute-, le patient se fait interpeller de façon virulente par trois admirateurs du groupe DMC : habillés en noir, s’étant maquillé le visage façon corpsepaint et ayant tous une longue chevelure, les fans accusent Marcel d’être un véritable terroriste sonore qui casse les oreilles à tout le monde, et une insulte vivante à la gloire de leur guitariste préféré, Lord Raper III.

Le patient bredouille quelques excuses inintelligibles, et l’altercation se produit pendant quelques minutes, ou les soigneurs pourront constater que Marcel se voit « obligé » de dire du bien du leader du groupe de Métal DMC, chose qu’il fait avec difficulté. Un test de perception difficulté 9 permet de comprendre qu’il n’a pas besoin de se forcer pour trouver des compliments, mais qu’il a vraiment peur que la situation dégénère avec ces fans, d’où le fait qu’on ait plutôt l’impression de chercher ses mots.

Si les PJs interviennent, les fans portent leur attention sur eux, ce qui permet à Marcel de s’éclipser discrètement. Une fois les PJs face aux admirateurs obsédés, ils feraient bien faire attention à ce qu’ils disent, sous peine de déclencher leur hostilité : les fans se mettront alors en tête de les rosser, et de les balancer dans une poubelle une fois hors combat. Si les soigneurs se révèlent bon combattant, les fans fuiront très rapidement… Toutefois, une telle approche n’est pas conseillée, à moins de vouloir que le patient ne résolve dans la réalité ses problèmes avec ses poings.

Les PJs peuvent s’en tirer sans violence à, partir du moment où ils vont dans le sens des fans : ces derniers leur demanderont de hurler à haute voix que Lord Raper III est le plus grand guitariste du monde, ou donner tout ce qu’ils ont dans une prestation de air guitar, ou tout autre épreuve du même genre. Avec un test d’adaptabilité difficulté 8 réussit, les soigneurs pourraient même suffisamment impressionner les fans pour que ces derniers les considèrent comme faisant partie de la « famille ». Tous les fans de DMC que croiseront alors les PJs auront une première impression d’eux très positive.

-Invités à dîner

Si les soigneurs se sont extrêmement bien entendus avec le patient, ou s’ils sont intervenus lors de l’incident des fans de DMC, Marcel vient à leur rencontre une fois que les métalleux sont partis. Il ne rencontre pas souvent des gens qui l’apprécient, ou qui lui viennent en aide quand il en a grand besoin… C’est pourquoi il tient à les inviter à dîner, pour leur montrer sa gratitude.

Si les PJs acceptent –et pourquoi ne le feraient-ils pas ?-, ils peuvent constater sur le chemin menant à son appartement qu’il est à la fois ravi est inquiet. Que les soigneurs posent la question ou non, Marcel se sent obligé d’en parler au bout d’un moment : il va leur demander de passer sous silence ce qu’il s’est produit aujourd’hui, leur proposant de se présenter à sa fiancée comme des collègues de bureaux… Mais Marcel est tellement stressé qu’il oublie de suggérer aux soigneurs de travailler avec lui sur leur « couverture ». Si les PJs ne songent pas à remédier à cet écueil, la conversation du dîner risque d’être aussi animée qu’amusante…

Quant aux PJs qui ne se verront pas inviter par Marcel… ils rateront cette scène. Heureusement, si elle peut faire découvrir aux soigneurs quelques informations qui pourront les aider à prendre position concernant la meilleure façon de soigner Marcel, ils ne manqueront rien d’essentiel.

L’appartement que Marcel partage avec Anna se trouve à l’adresse indiquée sur le dossier et, bien que la ville soit un amalgame fictif de nombreuses citées, les plans que l’on peut trouver aux entrées des stations de métro ou sur les abris bus sont tous exact. Des PJs qui ne seront pas guidé par Marcel pourront donc tout de même retrouver son lieu d’habitation.

Une fois que les soigneurs qui ont été invités arrivent à l’appartement, ils sont accueillis par la représentation d’Anna dans l’intracos, et Marcel fait les présentations, indiquant que les PJs sont des « collègues », sans rien préciser de plus si les soigneurs n’ont pas étoffés l’histoire. En tout cas, Anna est ravie de les rencontrer : c’est la bien la première fois que Marcel ramène des connaissances à la maison –il ne le fait pas non plus dans la réalité, et la vrai Anna lui a déjà fait des remarques à ce sujet-.

Les PJs peuvent donc entrer dans l’appartement, et le visiter un peu. Ils découvrent un lieu charmant, mais entièrement superficiel. A part des photos d’Anna et de Marcel, il n’y’à rien de personnel dans cet appartement. Cela fait partie des nombreux indices qui émailleront la soirée, conduisant à une conclusion sans appel : Marcel aime profondément Anna, mais il ne partage pas avec elle ce qu’il est devenu.

Le dîner est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur la vision que Marcel à d’Anna… A condition que les soigneurs ne commettent pas d’impairs qui pourraient écourter la soirée, ce qui risque d’arriver s’ils n’ont pas inventés une histoire cohérente avec Marcel concernant leurs liens, ou s’ils décident de jouer franc-jeu avec Anna. Car cette dernière est extrêmement curieuse, et pourrait bien  poser plus de questions que les PJs eux-mêmes… Si au cours de la conversation, Anna découvre le pot-aux-roses, elle devient glaciale, l’incarnation de la fureur contenue, et somme Marcel de s’expliquer. Ce qu’il fera après avoir mis les PJs à la porte. Dans ce cas, Marcel parvient au prix d’une longue discussion à convaincre la représentation de sa fiancée que ses invités lui ont joué une blague cruelle. En effet, dans l’esprit de Marcel, Anna préférera toujours croire une explication tordue et peu crédible que la vérité.

Si les PJs parviennent à jouer la comédie sans s’attirer les soupçons d’Anna, ils peuvent apprendre d’elle les choses suivantes, selon ce qu’ils lui posent comme question :

-Elle croit que Marcel a passé la journée au bureau, « comme d’habitude ». Les soigneurs devraient en conclure que Marcel lui ment délibérément très souvent.

-Anna encourage Marcel à persévérer dans la musique, et déclare sincèrement tout le bien qu’elle pense du talent de son fiancé. Un jet de perception difficulté 7 réussit permet de voir sur le visage de Marcel qu’il la croit, mais qu’il pense aussi qu’elle est à côté de la plaque, que l’amour l’aveugle.

-Anna est resplendissante, habillée d’un blanc si éclatant qu’on la croirait entourée d’une aura angélique. Elle est l’incarnation de la pureté et la candeur dans l’esprit du patient… Des valeurs qu’il faut protéger, y compris de lui-même et de sa carrière au sein de DMC. C’est ce que les PJs devraient déduire par la suite en combinant cette observation avec le manque de personnalité de l’appartement.

-Anna évoque avec passion tout ce qu’elle aime chez Marcel : sa gentillesse, sa timidité, son amour pour la variété française, le fait qu’on puisse compter sur lui en cas  de coup dur, etc…. Les PJs devraient se souvenir de ce qu’elle dit, pour comprendre par la suite qu’Anna –du moins sa représentation dans l’esprit du patient- n’aime que la personnalité visible de son fiancé, et pourrait très bien détester tout ce qu’elle ignore de lui…

Au final, si le dîner se passe bien, il se termine étonnamment tôt vers les 21h00, sous l’impulsion d’Anna. Mais un test de perception permet de se rendre compte que Marcel est soulagé. En effet, si Anna déclare avec sincérité que le couple doit se coucher tôt, c’est uniquement car c’est ce que Marcel lui prétend à chaque fois, quand ce dernier doit rejoindre DMC pour un concert.

         C) Les activités nocturnes de Lord Raper III

Cette partie est sans doute la plus cruciale à découvrir pour les soigneurs, car il s’agit de celle qui révèle la double vie du patient. Si les PJs ont noté le grand nombre de fans de DMC, ainsi que d’affiches de concert, ils pourraient se rendre directement à la salle ou jouera le groupe. Sinon, ceux qui ont décidé d’espionner Marcel et Anna –qu’ils aient ou non dîné avec eux- pourront apercevoir Marcel quitter en douce l’immeuble où il habite peu après 21h00.

Pour les autres soigneurs… Vous pouvez décider de les aider un peu :

-Pour ceux qui auraient été invité par le couple, ils pourraient être intrigués par un détail repéré par hasard –une perruque aux longs cheveux blonds que Marcel aurait jetée en rentrant du dernier concert de DMC, par exemple- qui déborderait de la poubelle de l’immeuble. Le temps que les soigneurs  s’y intéressent, l’un d’eux remarquerait une ombre quitter furtivement l’immeuble… Et se rendre compte qu’il s’agit du patient !

-Des soigneurs qui traineraient la nuit dans l’intracos pourraient croiser un groupe de fans qui les emmèneraient de force au concert.

-des soigneurs qui seraient partis se coucher tôt pourraient être réveillés en pleine nuit par une musique forte qui viendrait de dehors. Il faut dire que c’est ballot, ils ont choisi de dormir dans un hôtel qui se trouve juste à côté de la salle de concert ou joue DMC…

Si les soigneurs suivent Marcel discrètement, ce dernier se faufile dans une ruelle juste à côté de la salle de concert, et y entre par une porte arrière, sans doute l’entrée des artistes. Il sera extrêmement difficile pour eux de pouvoir empêcher la porte de se refermer –test de déplacement, difficulté 10-, mais s’ils y arrivent, ils pourront pénétrer directement dans la portion interdite au public de l’immeuble. La seule autre façon d’entrer dans les loges sera de tromper la vigilance du service de sécurité à l’intérieur de la salle de concert.

Car il est plus que probable que les soigneurs doivent passer par l’entrée principale de la salle de concert appelée « Le Train Fantôme », et pour cela il leur faudra… une place pour le concert de ce soir ! Ce qui serait facile si le concert n’était pas sold out. Il leur faudra marchander ou ruser pour parvenir à entrer dans l’édifice : acheter une place hors de prix à un vendeur à la sauvette, déclencher une rixe entre bandes de fans pour faire diversion et entrer dans le bâtiment alors que la sécurité est occupée les séparer, ou voler discrètement des places à des fans dont un des soigneurs pourrait attirer l’attention, par exemple, ou tout autre moyen efficace imaginé par l’équipe. Aucune de ces méthodes ne devrait influer sur l’état psychologique du patient, à moins que sa représentation n’en soit témoin.

Une fois à l’intérieur, le concert n’a pas encore commencé ce qui permet aux soigneurs de pouvoir tranquillement visiter la salle principale qui commence doucement à se remplir, le bar, le stand du merchandising, les toilettes, et tenter d’accéder au backstage. Une fois que les soigneurs auront visité –ou tenté de visiter- deux de ces endroits, DMC montera sur scène, pour délivrer 1h30 de violence musicale et de show plus grotesque que malsain.

Pour les soigneurs qui désireront assister au concert, ils pourront observer un trio de musiciens couvets de cuirs et d’épines de métal avec le visage recouvert d’un maquillage de type corpse paint –maquillage noir et blanc autours des yeux et sur les lèvres sensé donner une apparence de cadavre- jouer un Death Métal mélodique ravageur –pourquoi ne pas passer l’album Wages of Sin du groupe Arch Enemy durant la scène ?-. Si les trois musiciens ont du talent, seul le chanteur/guitariste à une véritable présence scénique, et quelle présence ! Il crève littéralement la scène, et même les danseurs sur scène n’arrivent pas à accaparer l’attention du public. Pourtant, ils réalisent nombre de prestations osées, comme cette danseuse avec un corset de métal qui crée une pluie d’étincelles en faisant tourner à pleine vitesse la lame d’une scie électrique contre son corset !

Durant le concert, il est difficile de découvrir que Marcel est le frontman de DMC, le maquillage est trop bien fait, seul un test de perception difficulté 9 révélera le pot-aux-roses. Se concentrer sur les paroles des chansons est encore plus difficile pour qui n’est pas habitué à entendre du chant Death : ce sera un test de perception 10 pour discerner les propos sexistes des différents morceaux.

En ce qui concerne les spectateurs, ils deviennent comme fous, enchainant pogos et slams sans le moindre répit. Les soigneurs en plein milieu du public pourraient prendre quelques coups, ou se retrouver à être porté par des centaines de mains jusque sur la scène –ou la difficulté pour découvrir l’identité secrète de Lord Raper III serait de 5 pour un test de perception-. Enfin, après 1h30 de show, le groupe se retire sans faire de rappel.

Maintenant, suivant ou les soigneurs décideront d’aller avant, pendant, et après le concert, ils pourront découvrir de nombreux indices qui leur permettront de mieux saisir le cas complexe de leur patient :

-Marcel est Lord Raper III : on peut le découvrir en réussissant un test de perception difficulté 9 lors du concert, ou en se rendant dans les loges ou ils trouveront Marcel en train de maquiller ou de se démaquiller, suivant que le concert est ou non terminé. D’abord surpris et effrayé, Marcel finit par accepter de discuter avec les soigneurs. Si ces derniers ont rencontré sa fiancée, il leur fera jurer de ne rien lui dire. Il leur racontera sincèrement comment le groupe s’est formé, et que DMC est son vrai travail, ce qui lui paie son salaire.

-Marcel aime-t-il faire partie de DMC : Marcel se mentira à lui-même –et aux PJs- si la question est posée : il affirmera détester ça, et ne le faire que pour la paye. Si un test de perception difficulté 8 indiquera en effet que sa réponse est fausse, il suffit de voir Lord Raper III sur scène pour comprendre que Marcel s’éclate : on n’arrive pas un tel niveau de présence scénique juste pour un job alimentaire.

Pourquoi Marcel cache-t-il son succès à Anna : il suffit de poster la question pour qu’il réponde honnêtement ce qu’il pense : Anna déteste le métal et en particulier DMC. Il est persuadé de la perdre si jamais elle apprenait ce qu’il fait pour gagner sa vie.

-Marcel aime-t-il le Metal : De nouveau, si on pose directement la question à Marcel, celui-ci mentira en affirmant qu’il déteste ce genre musical. C’est peut-être le cas avant, mais plus maintenant. Il faut dire que les morceaux d’Iron Maiden, Nightwish et autres Helloween qui passent en boucle dans la loge –ou seuls les membres du groupe ont normalement le droit d’accéder- jettent un gros doute sur sa réponse.

-Marcel a un problème avec ses fans : clairement, il les imagine tous vulgaires et idiots, comme le révèle à de nombreuses reprises des événements qui se déroule dans son intracos. Déjà, il y’à les différentes altercations durant la journée, ou des métalleux bourrins s’en prennent à leur idole sans se rendre compte de sa « véritable » identité. D’autres incidents arrivent le soir du concert : en sortant des toilettes de la salle des concerts, on peut tomber sur une fillette qui accompagne ses parents au concert, et celle-ci se met à chanter les paroles sexistes de DMC : elle est encouragée par tout le monde, y compris ses parents. Si les PJs se rendent aux bars, ils croisent des fans en mode Cro-Magnon qui veulent « Plus bières ! Plus ! », et qui finiront par dévaster le bar. Et enfin, pendant le concert, Lord Raper III se moquera de la stupidité de ses fans entre deux morceaux en leur faisant hurler « Oui ! » à n’importe quoi : Si « vous en voulez encore ? » est tout à fait normal, le « Vous êtes des cons, pas vrais ? » c’est autre chose. Mais tous les spectateurs hurlent « Oui ! » sans réfléchir à ce que vient dire le frontman de DMC.

Voilà tout ce que les soigneurs pourront apprendre lors du concert de DMC. Une fois ce dernier terminé, Marcel se démaquille dans sa loge, s’habille de ses vêtements normaux, puis rentre chez lui discrètement se coucher avant qu’Anna ne se réveille. Le lendemain, si les soigneurs n’ont rien perturbé de conséquent, la journée se passe exactement de la même façon que celle de la journée précédente.

   5) Méthodes de guérison et dilemme

Les soigneurs peuvent intervenir de différentes façons sur l’intracos, mais avant d’échafauder un plan, il leur faudra décider quel effet final ils voudraient obtenir : ils peuvent orienter la vie de Marcel vers différents choix, que ce soit privilégier son épanouissement professionnel, ou alors sentimental, voir tenter de concilier les deux. De même, ils devront se rendre compte que le client de la clinique n’est pas le patient, mais sa fiancée, et le futur de l’institut dépend peut-être de sa satisfaction. Que privilégier dans ce genre de cas ? Ne faire aucun compromis et penser au bien du patient, ou sacrifier le bien du patient sur l’autel de tout le bien qu’on pourra faire à l’avenir si la réputation de la clinique s’améliore ? Des choix ardus en somme, ou il n’y a pas de bonnes réponses d’un côté, et de l’autre les mauvaises…

Quelques soit le choix des soigneurs, voici quelques méthodes de soin selon les effets recherchés, mais nul doute que les joueurs auront d’autres idées :

Pour que Marcel renonce à sa carrière de musicien de Death Metal et conserve sa relation avec Anna :

-Les soigneurs peuvent faire découvrir à la représentation d’Anna dans l’intracos la véritable activité de Marcel : s’en suivra un dispute violente ou Marcel finira par renoncer à sa carrière pour sa future épouse, mais à contre cœur. Résultat probable : au fil des années, Marcel commencera à éprouver de la rancœur contre Anna, et si le couple se mariera, il divorcera quelques années plus tard.

-Les soigneurs peuvent aussi tenter de démasquer Lord Raper III sur scène, et les fans se mettront à hurler de dégoûts quand ils apercevront le visage non maquillé de Marcel. Résultat obtenu : Marcel quittera le milieu du métal et épousera Anna, mais il aura une peur maladive d’être humilié et molesté sur la scène d’une salle de concert. Progressivement, il finira par arrêter toute forme de musique.

-Les soigneurs peuvent aussi tenter de faire croire à Marcel que ses fans sont bel et bien dangereux, et qu’Anna pourrait bien finir victime de ces brutes. Résultat obtenu : Marcel quittera le milieu du métal et épousera Anna, mais se mettra à craindre comme la peste la moindre personne portant ne serait-ce que le T-shirt d’un groupe de métal, qu’il considérera comme un(e) fou(lle) sanguinaire. Très rapidement, il poussera Anna à quitter la ville pour vivre en paix en campagne, loin de tout… Quitte à déménager encore si, comble de malchance, ses voisin s’avèrent être des métalleux.

Pour que Marcel privilégie sa carrière au détriment de sa relation avec Anna :

-Les soigneurs peuvent discuter avec Marcel et le forcer à s’avouer à lui-même qu’il aime sa carrière, qu’elle le rend heureux. Résultat obtenu : Marcel fera de moins en moins d’efforts en ce qui concerne sa vie de couple et privilégiera sa carrière qu’il continuera de garder secrète. Anna finira par rompre.

-Les soigneurs pourraient faire en sorte que DMC soit contacté par un plus gros label –en se faisant passer pour ses représentants, par exemple-, étape nécessaire pour la suite de l’ascension du groupe. Résultat obtenu : Marcel sera obnubilé par l’idée de faire gravir au groupe les échelons de la célébrité, et justifiera ce désir par une volonté d’offrir un meilleur niveau de vie à Anna. Délaissée, celle-ci finira par le quitter.

-Les soigneurs peuvent essayer de changer la représentation d’Anna en une véritable mégère. Résultat obtenu : Marcel ne sera plus jamais à l’aise en sa présence, et finira par rompre, ne lui faisant plus du tout confiance. Il se consacrera désormais à DMC.

Pour que Marcel tente de fusionner ses deux vies :

-Les soigneurs peuvent essayer de faire changer d’avis la représentation d’Anna au sujet du métal –elle sera surtout réceptive aux émissions de radio et de télévision-, puis lui faire découvrir la vérité sur le métier de Marcel. Résultat obtenu : Marcel sera persuadé que ses craintes sur ce que ferait Anna si elle découvrait la vérité sur lui sont infondées. Il fera son « coming-out » très bientôt…

-Des soigneurs pourraient se faire passer pour un couple qui fonctionnerait parfaitement bien que chacun des partenaires aient des goûts opposés, notamment musicaux. Résultat obtenu : Marcel croira que son histoire avec Anna peut perdurer même s’il lui révèle son travail. Toutefois, il sera prudent et attendra le « bon » moment pour le faire.

Et la variété française dans tout ça ?

Le fatalisme de Marcel est très révélateur à ce se sujet : il a déjà fait son deuil de son incapacité à percer dans ce genre musical, et ce n’est donc pas un problème pour le patient. Les soigneurs peuvent bien entendu essayer de le persuader de renoncer à jouer dans DMC pour concentrer sa créativité dans des projets de variété française, mais l’effet obtenu sera contreproductif, à la fois pour sa vie professionnelle, mais aussi sa vie personnelle.

Pour que Marcel ait une meilleur image de ses fans :

Les soigneurs pourront comprendre assez facilement que Marcel à en-tête une image extrêmement péjorative de ses fans, ce qui est une source secondaire de ses problèmes actuels. Les soigneurs peuvent tenter de régler ce problème.

Par exemple, certains d’entre eux pourraient se grimer en fans de DMC, et mener une conversation intelligente avec le patient. L’effet sera immédiat sur l’intracos : tous les métalleux ne seront plus des idiots machistes ou des bécasses sans cervelles, une bonne partie d’entre eux redeviendront des humains normaux, qui aiment juste le métal.

   6) Conclusions possibles

-La meilleure méthode pour terminer ce scénario dans l’intérêt du patient est sans doute d’enquêter dans l’intracos… Mais de ne rien y faire d’autre. Après tout, Marcel Poignon ne sait pas qu’il vient se faire soigner selon la méthode du docteur Chestel, alors c’est déontologiquement très moyen –voire pire- de faire subir des changements à son intracos. Il suffira alors de lui parler à son réveil pour lui démontrer que sa double vie est en train de le détruire. Il se donnera alors une bonne semaine pour faire un choix… Que le MJ sera libre de déterminer si les soigneurs ne l’ont pas influencé d’une manière ou d’une autre. Sinon, il ira dans leur sens.

-Si les soigneurs ont poussé Marcel à renoncer à sa carrière pour vivre avec Anna, suivant la méthode utilisée, Marcel renonce à sa participation à DMC et en éprouvera plus ou moins de regrets que son mariage pourra faire disparaître pour certains, mais pas pour d’autres. Le patient finira aigri et divorcé dans les cas les plus graves.

-Si les PJs ont poussé Marcel à se consacrer à sa carrière, suivant la façon dont ils l’ont fait, le couple se séparera rapidement à l’initiative de Marcel ou d’Anna. Dans ce dernier cas, lorsque ça arrivera, Marcel frisera la dépression.

-Si les soigneurs ont persuadé Marcel de faire fusionner ses deux vies, cela ne se passe pas comme prévu, et son couple éclate rapidement, sauf dans un cas : celui ou Marcel cherche à révéler son secret de façon intelligente, avec patience.

-Pour l’avenir de l’institut, Anna est satisfaite du résultat de la séance si son couple avec Marcel perdure. La réputation de la méthode redevient positive, et on discute même de subventions publiques pour la soutenir dans certains cercles politiques. Par contre, si le couple rompt peu de temps après, Anna sera furieuse et blâmera l’institut : une période de trouble va alors s’abattre sur la clinique, et la méthode sera conspuée publiquement par différents médias.

Licence Creative Commons
Le musicien qui déprimait en jouant de la musique de Jean « Troll Traya » Faiderbe est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

 

La Méthode du Docteur Chestel est un jeu de rôle de Daniel Danjean

3 réflexions sur “Scénario pour la Méthode du Docteur Chestel : Le musicien qui déprimait en jouant de la musique

  1. Ping : Un projet fou… Une campagne pour D&D 5 ? – Averse de dés prévue dans la soirée

  2. Yves

    Ce jdr a l’air bien sympa… Il manque une chose à mon avis (pas au scénario, mais au jeu) : il faudrait prévoir quelques scenarios plus ancrés dans le mande réel, où les allers-retours dans les rêves seraient aussi présents, mais avec une face éveillée de la narration. Par exemple, il peut être intéressant de faire intervenirdes complications avec les médias, voire des démantellements de l’institut, avec des PJ utilisant la Méthode pour s’en sortir, en modifiant l’esprit d’un journaliste ou d’un politicien. Cela pourrait, à mon avis, constituer une bonne campagne, bien que ce terme ne soit pas vraiment adapté, dans le sens où elle ne surviendrait que dans le cas où la cotte de l’institut baisserait trop. Il pourrait également être intéressant de faire intervenir la dimension du réel dans le cadre du jeu ; il est établi, par exemple, que certains stimulus externes peuvent être retranscrits dans les rêve (il m’est déjà arrivé d’entendre mon réveil et de croire, au sein de mon rêve, qu’il s’agissait d’une alarme incendie)

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    1. Il y’à dans ce que tu écris des thèmes auxquels j’ai déjà songé -ou tout du moins à des variantes- mais on m’à opposé que cela dénaturait le jeu, et que certaines de ces idées relevaient de la « perversion ». Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue, mais je le respecte, ce qui fait que si dans le prochain scénario -que j’écrirais quand les autres travaux en souffrances auront avancés^^- des thématiques sortant du cadre du patient à traiter apparaîtront, elle seront indiquées en « bonus », sans doute en annexe, séparé de la trame principale qui ne traitera que du cas du patient. Ce qui devrait alors contenter tout le monde, j’espère^^

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