Rétro découverte : la Méthode du Docteur Chestel

A un moment donné dans sa vie de rôliste, on pense avoir tout vu, tout joué, tout fait. On a écumé jusqu’à plus soif les grands classique, on s’est intéressé aux nouvelles vagues de jeux, et on a même tiré les vers du nez des anciennes et des anciens pour découvrir les pépites du passé qui n’ont plus leurs équivalents de nos jours… Et alors qu’on pense que plus rien ne nous surprendra jamais, que la déprime nous guette… La surprise vient à notre rencontre !

Un jeu, un seul, qui est passé entre les mailles du filet, connu de quelques anciens mais certainement pas autant qu’il le devrait, qu’il le mérite. C’est le cas de la Méthode du Docteur Chestel, « petit » jeu publié en 1991 que je n’ai découvert que par hasard en écoutant d’une oreille discrète l’interview d’une MJ qui le faisait jouer. Tout de suite, le concept me frappe : rafraîchissant et n’ayant pas d’équivalent dans la longue liste des jeux que j’ai connu, c’est décidé, il faut que j’essaye ! En tant que PJ et MJ ! Résultat, je fonce sur amazon et je commande le bouquin. Et maintenant qu’il est entre mes grif… Euh, mes charmantes petites patounes, voyons ce que ça donne…

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Non, non, il n’y’à pas de petits bouts de Cthulhu dedans… Enfin, pas forcément…

Inception, le JDR

De l’aveu même de l’auteur, le concept du jeu est devenu beaucoup plus simple à expliquer depuis la sortie du film Inception : dans la Méthode du Docteur Chestel, vous incarnez des soigneurs, de simples personnes comme vous et moi qui ont été sélectionnées et formées pour pouvoir rentrer dans le monde intérieur –l’intracos- de personnes malades mentalement ou encore atteinte de graves phobies, qui désirent être soignée par une méthode alternative. Ici, il faudra parcourir le paysage mental du patient pour découvrir l’origine de sa pathologie, puis échafauder et réaliser un plan pour l’en guérir, le tout en causant le moins de séquelles négatives que possible. Car oui, la moindre action de votre part peut changer l’intracos du patient, qui une fois de retour dans la réalité se mettra à réagir de façon plus ou moins étrange par rapport au sujet de cette action. De même, il faudra prendre garde à la façon dont vous allez « soigner » la pathologie du patient, de peur d’empirer la situation plutôt que l’améliorer…

Prenons un exemple cher à l’auteur du jeu, Daniel Danjean : le patient à une peur irrationnelle des voitures rouge. Dans l’intracos du patient, vous découvrez qu’une voiture rouge écrase des gens. Réflexe de rôliste typique, les joueurs explosent la voiture à coups de bazooka. Ce qui marche, le patient n’a plus peur des voitures rouge… Mais voilà, à chaque fois que le patient recroisera une voiture rouge dans la réalité qui le rendra anxieux, il aura l’envie irrésistible de vouloir cogner sur ce véhicule…

Voici donc ce qu’est la méthode du docteur : un jeu tout en nuance qui incite les joueurs à prendre leur temps pour soigner le patient, l’échec pouvant très bien conduire à faire perdre toute raison au patient. Les enjeux sont donc très différents de ce qu’on nous propose habituellement, tout en étant au moins aussi importants, sinon plus. C’est aussi sans doute ce qui peut effrayer quelques joueurs : la responsabilité du maintien de la santé d’une personne –même fictive- qui repose sur vos épaules, voilà qui est des plus intimidants !

Pourtant il serait dommage de se laisser arrêter par cette crainte, car la Méthode du Docteur Chestel est un jeu qui offre aux joueurs une liberté et une créativité rarement atteinte dans le JDR : les manières de soigner un patient sont légions et beaucoup plus nombreuses que ce qu’envisage le MJ au départ, ainsi ce dernier doit donc faire preuve d’une grande adaptabilité pour gérer les conséquences des changements induits par les soigneurs. Et c’est aussi ça, qui fait tout le sel de ce jeu décidément atypique, dans le bon sens du terme.

C’est dans le manuel !

Mais pour l’instant, nous n’avons fait que parler du jeu en lui-même. Et l’ouvrage, qu’en est’il, du haut de ses 52 pages ? Voyons cela tout de suite…

La majeure partie du livre est là pour décrire le système du jeu qui est à la fois simple et fluide : les « masques » -personnalités d’emprunts que les personnages revêtent pour ne pas subir le contrecoup des chocs psychologiques- sont définis par 12 caractéristiques de score allant de -2 à +2, chacun faisant lancer un certains nombres de D6, et définissant lesquels garder : les deux meilleurs ou les deux pires. On compare la somme de ces 2 dés à un seuil de difficulté défini par le MJ qui permet de déterminer si l’action est une réussite ou un échec.

Les compétences sont des « assurances », permettant d’avoir un score minimum à un test particulier si les dés sont trop bas, si ce test relève de cette compétence bien entendu. Et il ne reste par la suite que les pouvoirs spéciaux des soigneurs, la téléperception qui permet à chaque soigneur de savoir ce que fait un autre qui est séparé du groupe, et la dodécabilité, qui permet sur un score de 12 aux dés d’obtenir le résultat exactement désiré par le soigneur, même si pour cela il faut violer les lois de la physique. Tout cela est très simple, permettant des parties plutôt fluides.

Il y’a aussi un système de chance qui permet de jauger comment le monde intérieur du patient perçoit le soigneur en question, et si ce dernier sera accepté ou agressé par l’intracos qui le considérera comme un intrus.  Ce système est par contre un peu lourd à gérer, tout comme celui des blessures, aussi je conseillerai de vous en passer de faire ça « au pif », si j’ose dire.

Le livre comporte aussi une partie de conseils aux meneurs sur la façon de concevoir des cas pour vos tables, qui s’avère très intéressante.

Puis le livre se termine avec deux scénarios… Qui me laissent dubitatif. Non pas qu’ils soient mauvais, car ils sont sympathiques, mais… Déjà, il leur manque quelque chose, peut-être tout simplement une origine claire de la pathologie des patients, que nombre de joueurs voudront essayer de découvrir avant d’agir sur l’intracos… Certes, on apprécie le fait que l’auteur donne des exemples de pistes sur la façon de résoudre ces aventures, mais il n’en demeure pas moins que pour moi ces scénarios ne sont pas complet…

Ensuite, je n’ai pas trouvé leur plan des plus clair, ce qui rend leur lecture assez confuse… Ce ne sont clairement pas des scénarios prêts à jouer, il faudra bien les travailler avant, car il manque des éléments que vos PJs chercheront à coup sûr à découvrir, et mieux vaut y avoir réfléchi un minimum avant plutôt que d’improviser sur le tas.

En conclusion, cette partie scénarios est LA déception de cet ouvrage…

Alors, le verdict ?

La Méthode du Docteur Chestel est un excellent jeu que je ne peux que vous conseiller d’essayer si vous êtes à la recherche d’une expérience hors norme, d’un peu de fraîcheur dans ce monde ludique parfois un peu trop sclérosé. Aussi n’hésitez pas à chercher l’ouvrage qu’on trouve encore assez facilement sur les sites marchands : malgré ses –gros- défauts, ce livre vous ouvrira les portes d’un jeu merveilleux, et c’est bien tout ce qu’on lui demande.

Une réflexion sur “Rétro découverte : la Méthode du Docteur Chestel

  1. Ping : Scénario pour Numenéra : Dans le Ventre de la Bête – Averse de dés prévue dans la soirée

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