L’Auteur Indélicat Doit Mourir !

Vous savez, parfois, fermer sa gueule c’est difficile. Même quand vous savez que les mots qui se forment dans votre bouche sont sur le point d’énoncer une connerie monumentale, que vous ne maîtrisez pas trop le sujet, qu’en plus votre propos sort du cadre de la discussion, il faut que ça sorte.

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Bon, peut-être pas à ce point là quand même…

C’est un peu l’impression que j’ai là, en ce moment, mais le fait est que ça me tourne dans la tête depuis hier, et qu’au final martyriser mon clavier va peut-être m’extraire tout ça du cerveau. Sans avoir besoin d’une perceuse, s’entend. Ce sera moins salissant pour les prochains locataires.

Alors, pour tout vous expliquer, alors que je m’enlise dans l’écriture de plusieurs articles et scénarios pour ce blog, il m’arrive comme tout à chacun de surfer en même temps sur le web, et en ce moment c’est sur les blogs de JDR. Faut dire qu’avant de lancer celui-ci, je ne me suis pas du tout renseigné sur la concurrence les collègues, et voilà que je tombe sur Suck my dice. Écriture sans froufrous ni langue de bois, podcast intéressant –même si y’à dedans des idées qu’on m’a volé avant que je les aie d’ailleurs-, ça me plait bien.

Et je tombe sur cet article, « La drôle de guerre des sexes du jeu de rôle français », et c’est le drame. Pas que l’article soit mauvais. Pas que je sois en désaccord avec l’auteure, Morora. Au contraire même, elle pose les bonnes questions, ce qui est toujours important pour obtenir les bonnes réponses –non, non, pas d’applaudissements, merci-. Mais… Voilà, ça titille quelque chose en moi, et ça ne me lâche plus.
Bon, pour eux qui serait trop fainéant pour aller y jeter un coup d’œil (vous devriez avoir honte et vous flageller avec une copie de F.A.T.A.L., tiens !), il est en gros question d’une polémique qui à touché le JDR One% à cause de la description d’un PNJ féminin jugée sexiste. Soyons clair, je ne m’étendrai pas là-dessus : je n’ai ni suivi cette polémique –j’ignorai même qu’il y’en avait eu une-, ni lut le livre de jeu incriminé. Je ne suis donc pas du tout habilité à produire un avis qui ait un tant soit peu de valeur –bien que j’en suis certain, il serait très drôle à lire-.

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Non, mais il y’à quelque chose qui m’a interpellé, le fait que selon Morora, l’auteur du jeu, Steve Goffaux, ait reconnu une erreur de sa part, et l’ait corrigé. Et là… Je ne sais pas… C’est étrange… Il y’à tout un tas d’émotions et d’idées contradictoires qui m’envahissent.

D’un côté, j’ai envie d’applaudir et de tapoter l’épaule du créateur du jeu en le félicitant d’avoir accompli un acte qui n’est pas si facile à faire qu’on pourrait le croire, d’un autre mes yeux s’étrécissent et je sens monter en moi une furieuse envie de saisir un mégaphone et de hurler : « ça y est, vous avez ruiné l’authenticité d’une Œuvre, vous êtes content ? La prochaine étape, ce sera quoi ? Grogner sur la description d’un PNJ antipathique parce qu’il exerce le même métier que vous ?». Oui, c’est de la caricature éhontée, mais à partir du moment où on touche à l’intégrité d’un texte pour des raisons éthiques, on peut se demander jusqu’où cette logique peut nous entraîner…

A mon sens, il n’y’a que deux cas ou un auteur peut reconnaître avoir fait une erreur :
-lorsqu’une partie de son œuvre s’avère de moindre qualité par rapport à celle de la globalité de l’œuvre.
-lorsque le ton d’une partie de l’œuvre s’avère sans raison être différent du reste de l’œuvre.

L’auteur reste un être humain, capable de se tromper et de ne pas le remarquer sans avis extérieur, aussi faut’il parfois oser lui mettre sous le nez ses propres déjections, si j’ose dire. Il est fort possible qu’il vous en remercie, d’ailleurs.

Bon, après en étudiant le cas du Dr. Carleen Delaunay, le PNJ du jeu One% qui a causé tout ce barouf, il semble correspondre parfaitement au deuxième cas où l’on peut considérer que l’auteur s’est trompé : il semblerait que l’écriture du personnage dénote complétement du reste de l’ambiance du jeu. Dans ce cas, oui, l’auteur peut reconnaître une erreur, s’en excuser aussi. En réalité, c’est même un devoir. Un auteur conscient des défauts de sa dernière œuvre qui n’essaierait pas de les corriger serait un bien piètre créateur…

Tout est bien qui finit bien alors ? Peut-être pas, car il nous faut rester vigilant. Si la démarche de Morora est salutaire dans ce cas précis, elle entrouvre aussi la porte à toute une nuée de réclamations du même genre qui seront loin d’avoir une base aussi solide. Je me rappelle par exemple avoir lu des réclamations concernant la réécriture d’un scénario de cRPG car le protagoniste y perdait sa mère, chose que l’auteur de la plainte ne pouvait supporter, lui-même ayant vécu le décès de sa propre mère un an plus tôt. On ne rit pas dans le fond, aussi hallucinant que ce soit, c’est vraiment arrivé, et ça a même entrainé une réponse d’un des scénaristes.

Est-ce donc cela que l’avenir nous réserve ? Des cris indignés dès que l’on s’éloignera du politiquement correct ? Des auteurs qui seront sommés de s’expliquer dès lors qu’une partie de leur travail sera jugé déplaisante ou offensante par une catégorie de lecteurs ? J’espère bien que non, pourtant ce genre de polémiques enfle ces dernières années… Et peu peuvent se targuer de souligner un vrai problème, comme ce fut le cas pour ce PNJ de One%. L’avenir de l’ambiance des tables de jeu s’annonce bien sombre…

Quelles solutions, alors ? Il ne serait pas honnête de ma part d’oublier de préciser que Morora souligne bien ce point dans son billet : pour elle comme pour moi, il est vital que l’auteur ou le MJ se demande comment sera perçu son travail quand il l’écrit.

Mais voilà, ce n’est pas seulement sur leurs épaules que doit reposer ce fardeau, mais sur celles de tout le monde présent à la table de jeu : c’est à vous aussi lecteur/Joueur/auditeur, de savoir faire la part des choses, de distinguer la piste de réflexion de la soi-disant offense gratuite. Nous savons tous que notre cadre de lecture, d’audition ou ludique n’est pas le même que celui de notre voisin, mais bien souvent nous l’oublions. C’est aussi notre responsabilité d’interpréter les propos, il serait trop facile de se décharger sur leur auteur.

De même, si jamais vous tombez sur un jeu ou un scénario d’une qualité fantastique, mais qui recèle également des passages limites, dérangeants voir offensants mais que vous désirez à tout prix le faire jouer, c’est aussi à vous de vous dissocier de la vision polluée de l’auteur pour proposer à votre table une version qui n’entraînera pas de malaise et n’insultera personne.

Voilà donc les solutions : la réflexion et la communication. Et en ces temps troublés, on ne peut que prier pour qu’elles soient utilisées et pas reléguées au fond d’un neurone à balais quelque part au plus profond de nos cerveaux…

 

PS : oui, bon, j’aurais put m’éviter cet article en ne postant qu’un message sur l’article de Morora… Mais il est impossible d’y laisser un commentaire ! Aaaargh !

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